On les croyait réservées aux pandas qui s’en régalent depuis des lustres. Voilà que les pousses de bambou éveillent aussi l’appétit des tisseurs européens. Du tee-shirt aux socquettes en passant par la couche-culotte recyclable, elles s’immiscent sans crier gare dans notre quotidien.
Chez Carrefour, sous la marque Tex, c’est un déferlement d’oreillers, de serviettes de bain et de peignoirs moelleux à base de cette fibre, quatre plus fois plus absorbante que le coton. Dans les catalogues de Damart, la Camif ou les Trois Suisses, tee-shirts et pulls légers évoquent un été nature et bien-être. « Douce et fluide, c’est une véritable seconde peau écologique pour vos pieds », assure de son côté l’américain Timberland, qui fait la promotion de nouvelles chaussettes Bamboo, au même titre que le Français DoréDoré ou le site marchand Socksess.com.
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Matière végétale comme le coton ou le lin, le bambou a, pour lui, quelques atouts supplémentaires. Cette graminée est prolifique (elle peut pousser de 1 mètre par jour). Sa fibre, tirée d’une pâte cellulosique, se caractérise par son plombant et un aspect doux et luisant, comme de la soie. Surtout, elle a des vertus respirantes, antibactériennes, anti-UV, et est infroissable. Gérard Cirouge, patron des Tissages de l’aigle, à Biviers (38), en a fait son cheval de bataille pour l’été. « Nous nous sommes rués sur le bambou il y a deux ans, très contents de trouver une fibre naturelle pour élargir notre collection », raconte ce spécialiste des tissus pour le sport et les loisirs. « Nos premiers essais étaient décevants : le produit avait une mauvaise stabilité, il était fripé après lavage. » Cette année, l’entreprise est très fière de son résultat. Son bambou, tricoté avec un mélange de polyamide, est doux, satiné, et rend la couleur éclatante.
Ce fabricant fait partie de la centaine d’exposants qui présentaient des produits à base de bambou sur Première Vision, le premier Salon mondial des tissus d’habillement, en février dernier, à Paris. Une matière première renouvelable et pas plus chère que le coton, un textile poids plume et frais pour la belle saison : le bambou est une aubaine pour nombre de tisseurs, tentés de délaisser les synthétiques dérivés du pétrole pour des produits qui fleurent bon la nature.
Des griffes couture ont cédé à la tentation, tel Hugo Boss, ligne Black Label, qui propose, pour l’homme de l’été 2006, des vestes trois boutons en fibre de bambou, avec 25 % laine et 15 % soie, « à la souplesse inégalée par rapport au lin », disent les experts maison. Ou Gaspard Yurkievich, qui a taillé, dans un jersey fluide et satiné en bambou, une petite robe noire cintrée à la taille, ainsi que des tee-shirts masculins encre, saumon… à message « Love Life ».
DE LA PÂTE DE BOIS
« Autrefois, les textiles « écologiquement corrects »étaient beige et un peu raides, explique Guido Voss, associé du créateur Gaspard Yurkievich. « Aujourd’hui, leur force, c’est d’avoir l’apparence d’un tissu anodin et d’être, en plus, bons pour la planète. » Cette jeune marque indépendante n’en est pas à son coup d’essai : Gaspard Yurkievich utilise aussi de la pâte de bois (le lyocel chez Tencel) et un polymère issu du maïs (Ingeo, de l’américain NatureWorks). Les fibres naturelles, biodégradables et fabriquées sans trop de pollution, ont le vent en poupe. Comme le coton biologique, le chanvre, mais aussi l’algue. « La tendance est irréversible », estime Evelyne Spilet, créatrice de la société Spilan, la première à avoir glissé le bambou dans les Caddie de supermarché, sous la forme de petits pulls et tee-shirts colorés.
» Les Français ont envie de consommer de façon plus subtile. En achetant des biofibres, ils se font plaisir deux fois, par un produit mode et un geste pour le développement durable », ajoute cette femme dynamique, qui a investi, du 20 mars au 20 avril, 1 million d’euros pour faire la publicité, à la télévision, de son tissu unique.
Le succès est là. En 2005, Carrefour a distribué en exclusivité les mailles Spilan, fabriquées en 100 % bambou, selon un procédé breveté qui préserve ses qualités antibactériennes, même après plusieurs lavages. En 2006, ce sont Leclerc, Auchan, Cora, Casino ou les Trois Suisses… qui se sont emparés des créations de cette PME, dont le chiffre d’affaires devrait progresser de près de 20 %, à 24 millions d’euros. Evelyne et Alain Spilet, qui travaillent depuis vingt-cinq ans les fibres naturelles, ont aussi lancé leur propre griffe, et ouvert une boutique baptisée Les Ateliers de la maille, à Paris.
Les doigts de fée, adeptes de loisirs créatifs, pourront aussi se targuer d’avoir la fibre végétale. Ce printemps, le « Bamboolo » est arrivé dans toutes les merceries de France. Il s’agit d’un fil aux coloris tendres, à transformer en accessoire pour la maison, pull tendance ou étole pour les soirs d’été. Du 70 % bambou et… 100 % zen.
Véronique Lorelle (c) Le Monde – mai 2006
Adresses
* Les Ateliers de la maille : 70 bis, rue Bonaparte, 75006 Paris et 13 rue des Francs Bourgeois 75004 Paris, http://www.lesateliersdelamaille.com
* La Bambouseraie, arboretum de France et sa boutique, à Anduze (Gard). Tél. : 04-66-61-70-47, www.bambouseraie.fr
* Bamboolo, fil bambou et coton. Liste des points de vente : 02-48-23-12-30.
* DoréDoré : 03-25-76-40-00, www.dore-dore.fr
* Earthfashion.com : site sur les relations mode et développement durable ou mode et commerce équitable. Gaspard Yurkievich, liste des points de vente : 01-42-77-42-48.
* Ingeo : www.ingeofibers.com.
* Timberland, chaussettes Bamboo, du 24 au 47, 10 euros. Tél. : 03-25-76-40-00.
* Vetementbio.com : site marchand d’un distributeur alsacien de vêtements bio pour l’adulte et l’enfant.
Tags :bambou coton biologique Mode Chic et Ethic nature recyclable textile